LA REIFICATION

Réification, approche théorique

Réifier vient du latin Res, chose et Facere, faire. En philosophie, la réification est la transformation en chose. Pour nous, réifier est transformer une sensation en une chose. Un objet dont les caractéristiques deviennent de plus en plus précises au fur et à mesure de la focalisation de l’attention sur cet objet, focalisation générée par l’existence préalable de la sensation et les questions du thérapeute. Il s’agit bien de s’occuper d’une sensation qui fait partie de l’univers habituel du patient, qu’il connaît, dont il souffre mais dont il ne parvient pas à se débarrasser. La connotation “chronique” se réfère à la durée – plus de 6 mois – et surtout à une notion de résistance du symptôme, avec différentes tentatives de traitement et des échecs.
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Réification, approche pratique

Comme souvent, ce principe n’est qu’une amplification d’un processus naturel que chacun connaît. «J’ai l’impression d’avoir un clou dans l’épaule, une boule dans la gorge, une barre dans le ventre…». C’est une de nos manières habituelles de décrire une sensation en se référant à une chose connue et partageable. La douleur, son type, son intensité sont particulièrement subjectives. Si je dis : “j’ai très mal dans le dos”, il est difficile pour l’interlocuteur de décoder cet énoncé, de se l’approprier pour comprendre ce qui vient d’être dit. «C’est comme si j’avais une pointe, comme une aiguille de couture, enfoncée à l’intérieur de l’épaule. Elle s’enfonce encore plus à chaque mouvement” est une manière beaucoup plus “objectivable” pour partager cette difficulté. Et partager un problème n’est-il pas déjà le diviser et le réduire?

 

Mode digital versus mode analogique

À chaque fois que nous utilisons ce langage, « c’est comme si », nous passons en mode «imaginaire» ou analogique. Le mode scientifique habituel, que nous utilisons aussi dans le monde médical, est le mode “digital” qui s’appuie sur la raison, la description exacte, l’évaluation, la logique, l’analyse.

Ce langage digital permet des descriptions précises, exactes, en rapport avec le savoir scientifique de l’anatomie, la physiologie, l’hormonologie, les neurosciences pour un traitement tenant compte de tous ces savoirs. Un traitement digital précis, rigoureux, dosé, évaluable, et partageable. Une dose de médicament, une stimulation électrique, un acte de chirurgie. Autant de stratégies puissantes et efficaces, mais pas pour cet homme qui souffre de sa gorge depuis 12 ans.

Que veut dire passer en mode « imaginaire »? C’est un mode qui nous permet de transmettre ce que nous vivons, ressentons, souhaitons, craignons par des images.

Ou, en ressentant ce qui se passe dans ma bouche, dans mon ventre, observer que mon esprit a fabriqué l’image d’un gâteau au chocolat. Le plus habituellement, nous fonctionnons en mode analogique et nous passons en mode digital lorsque nous voulons décrire rationnellement un phénomène et en permettre l’analyse. Ou pour écrire une recette de cuisine.

 

 

Peinture : David Maglionico

Activer le mode imaginaire, c’est activer ce que chacun sait le mieux faire et permettre l’observation interne la plus précise qui soit. C’est venir au plus proche de ce qui existe dans le monde intérieur. Ceci met en oeuvre des processus extrêmement complexes qui activent des niveaux de ressources naturelles présentes chez chacun d’entre nous. Des ressources qui permettent de changer ce qui se passe à l’intérieur de nous, d’une manière difficile à analyser. Ces ressources dites inconscientes qu’Erickson activait, amplifiait dans l’hypnose. Un inconscient décrit comme un immense magasin de ressources ! Ce sont ces mêmes ressources qui nous permettent à chaque instant, chaque jour, de « guérir » de douleurs, de perturbations émotionnelles, de dysfonctionnements organiques. Ces ressources qui semblent plus faciles à activer en transe hypnotique.

 

Chosifier la douleur

Voici venu le temps de cette “chosification”. Avec chaque client, je décris cette sensation en respectant toujours le même ordre. Je crois que cette rigueur permet de garder un peu le contrôle de la focalisation. Je parle bien de décrire la sensation. Comme disait Erickson, « dès que j’ai compris qu’il s’agit d’une douleur, il ne m’est plus nécessaire d’utiliser ce mot ». Pour chaque dimension, il est essentiel que ce soit la description du client et la variété des objets construits est sans limite.

 

Vous avez une douleur chronique… je peux vous aider, prenez rendez vous.